AU REVOIR

Espace Jacques Fornier – Dijon – 2010.

 

Cette action part d’une situation iconique qui est par la suite fragilisée à cause de l’intervention du corps en mouvement. L’image éprouvée est celle des personnages féminins en train de descendre des escaliers : stéréotype utilisé dans le music hall et le cinéma. La séquence finale de Boulevard du crépuscule de Billy Wilder a été le point de départ. Elle cristallise parfaitement l’ambiguïté de la relation personnage, acteur, vie fictive, vie réelle. Dans la dernière scène, il n’y a plus de limite entre Salomé, Norma Desmond et Gloria Swanson. Cette descente d’escalier de par sa symbolique est sujette à différents niveaux de lecture.
Pour commencer, j’ai cherché à concentrer les éléments relatifs au show : poursuite, roulements de tambour (séquence sonore reprise dans Cabaret de Bob Fosse), public dans la pénombre, ma présence au dessus du public… Le corps féminin est contraint par la tenue : robe moulante et talons très hauts qui limites les mouvements et mettent en péril l’équilibre. J’ai décidé de théâtraliser au maximum l’action, de descendre et de monter l’escalier, le but étant de ne pas me faire dépasser par mes propres limites physiques, que le jeu soit plus fort que le corps. La disparition, la montée des escaliers qui s’accélère et s’échelonne de plus en plus rapidement, ainsi que la volonté de vouloir faire bonne figure alors que le corps fatigue, créent un effet comique. La répétition et cette volonté de vouloir être en haut de l’escalier deviennent absurdes. L’image reprojetée à l’arrière crée une mise en abîme, mon personnage se multiplie dans l’espace. Le corps fait face à son double fictif ce qui accentue l’aspect vain de l’action. Le dialogue de fin, repris de Boulevard du crépuscule, clôt l’action, interrogeant le public sur sa propre condition de spectateur.