LOST MEMORIES

Court métrage – 14min55 – 2017.

« La mémoire n’est pas en nous, c’est nous qui nous mouvons dans une mémoire-Être, dans une mémoire-monde. »

Gilles Deleuze

TEASER

 

Un pavillon blanc, les robes implacables de sa mère qu’elle fait tourner pour lui : la rose. Sa bouche écarlate, ses manières à la Audrey Hepburn. Des fleurs coupées toujours fraîches. La chevalière qui brille avec insolence au doigt de son père. Le superbe des cocktails du vendredi : les cheveux pailletés de laque des femmes, leurs bas luisants, les rivières trop lourdes. La voilure bleutée des cigares des hommes. Le jazz, l’ivresse de l’alcool. La robe rose brûlée, mordue par le bout incandescent d’une cigarette. Les larmes de sa mère, son père incestueux. LOST MEMORIES.

AFFICHE

 

ONCE UPON A TIME

 

1950. Un petit garçon de huit ans, enfant unique issu de l’american way of life typique, grandit au sein d’un univers emprunt de glamour et de perfection construit par sa mère. Il est fasciné par cette femme toujours impeccable et élégante : sa bouche peinte en rouge, sa robe rose qu’elle fait tourner pour lui.

Tout les vendredis, ses parents organisent des cocktails. Ces réceptions l’émerveillent par la théâtralité qu’elles dégagent. Ne pouvant assister à la totalité des festivités, celles-ci éveillent d’autant plus sa curiosité.

Un soir de réception, sa vision féerique de son univers familiale s’écroule alors qu’il découvre un trou de cigarette dans la robe de soirée de sa mère. Cet événement va lui faire ouvrir les yeux sur toutes les atrocités existantes au sein de son foyer et dont il est en partie la victime.

 

VIDÉO DE PRÉSENTATION

 

LOST MEMORIES est un conte expérimental qui relate la prise de conscience d’un enfant, du dysfonctionnement familial à cause de la découverte d’une brûlure de cigarette dans une robe de sa mère. Souvenir d’un des cocktails réguliers qu’organisaient ses parents dans leur maison : parade servant à afficher l’image d’une famille idéale et d’être garant auprès de la communauté de leur statut social.

À travers le film, je pose la question de la mémoire, de sa fiabilité. Je fais part d’une mémoire en creux, parcellaire, presque autonome ou des images s’imposent à soi comme celle du trou dans la robe de la mère. Comment rendre compte plastiquement d’un souvenir ? De plus, il s’agit de souvenirs d’enfance, ce qui pose le problématique de la hauteur du point de vue. De par sa taille, un enfant n’a pas la même appréhension visuelle de l’espace qu’un adulte. Ainsi, l’espace et les autres personnages seront représentés de manière fragmentaire : la mère par son vêtement et sa bouche, le père par la main (coupable) à la chevalière, l’enfant par les yeux. C’est le seul dont on apercevra le regard car lui seul est spectateur et victime de l’odieux spectacle qui se déroule. Les autres convives ne sont que des silhouettes anonymes, aveugles, tronquées au niveau du torse comme dans les dessins animés Tom et Jerry. Le fait d’annihiler le regard des autres personnages permet de clore complètement un espace imaginaire et ainsi de faire état d’un enfermement : celui des souvenirs du petit garçon.

La robe rose est le leitmotiv. Sa dégradation fantasmagorique, en même temps que la dégradation du corps de l’enfant par son propre père, provoquent avec elles la dégradation de l’image. Ainsi au début l’image est très lumineuse, l’accent est mis sur la vivacité des couleurs et l’éclat des objets, comme si l’enfant découvrait un trésor en ouvrant la porte du salon : les intérieurs peints par Edward Hopper sont une référence visuelle pour ce projet que ce soit en terme d’utilisation de la couleur, mais aussi de la lumière.

La découverte du trou dans la robe marque un tournant. L’image s’use et commence à se ternir, à montrer sa trame (grain renforcé, noir de moins en moins dense). Comme un souvenir, l’image va peu à peu perdre en densité et en matière pour se réaliser dans ses lacunes.

 

 

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